L'informatique quantique ne rend pas magiquement les mots de passe cassables en quelques millisecondes.

Il y a quelques temps déjà, mon IT a fait passer un message de sensibilisation sur le dimensionnement des mots de passe. Initiative pertinente s'il en fût. Ce mémo s'accompagnait d'un tableau indiquant, en fonction des caractéristiques de force de votre mot de passe, le temps mis par ce dernier à se faire craquer par une méthode traditionnelle ou à l'aide de l'informatique quantique. Vous avez probablement vu ce tableau, la magie des réseaux sociaux faisant qu'il a été partagé et repartagé à moult reprises. On ne peut pas créer du contenu exclusif à chaque post, quand même.

Bref, en gros le machin disait que le mot de passe que vous utilisiez, tout en étant convaincu d'être largement dans les clous, ne prendrait que quelques millisecondes pour être craqué. Diantre…. Alors qu'à l'heure actuelle il n'existe qu'un nombre très limité de ces machines et que les quelques modèles existants (IBM, IonQ, Microsoft, Pasqal) sont probablement utilisés par les communautés scientifique et industrielle à des usages un poil plus nobles que de chercher à faire intrusion dans votre stock de photos personnelles dans l'espoir d'y trouver je ne sais quoi…

Donc voilà : "l'ordinateur quantique peut péter ton mot de passe en un rien de temps" m'a bien interpelé. Si on se place dans le contexte d'un site web, par exemple, avec login et mot de passe, il y a deux facteurs importants à considérer :

Alors, je ne comprenais pas pourquoi ce satané ordinateur quantique pouvait être si performant à passer outre ma barrière de chiffrement.

Alors, comme beaucoup de cas quand je sèche sévère, je me suis dirigé vers une des IAs qui foisonnent dans notre paysage numérique (by the way Xprivo est assez cool, mais ce n'est pas le sujet). Et, là, après les inévitables allers-retours, le verdict est tombé : sur le crack d'un système de mot de passe traditionnel, l'ordinateur quantique n'obtient pas de meilleures performances que nos crincrins habituels et l'algorithme de Grover n'apporte pas grand chose. Ce n'est pas tant le caractère binaire de la réponse qui gêne en fait, c'est bien l'incapacité de faire interagir le calcul quantique avec le serveur distant qui en est la source.

Si toutefois on cherche à cracker un password hashé… et bien cela veut dire qu'on a déjà accès à des informations sensibles. Je ne suis pas expert mais, de fait, je pense qu'on a trouvé un accès pour pénétrer le système, d'une façon ou d'une autre. Accès aux fichiers, à la base de données, injection SQL… Mais, si l'on a réussi à extraire les hashes, on dispose déjà d'un accès suffisamment important pour se demander si le mot de passe est vraiment l'objectif prioritaire. Selon la vulnérabilité exploitée et les droits obtenus, rien n'empêche en effet que l'on puisse également extraire d'autres données, voire accéder directement à certaines ressources du système

Bien entendu, il s'agit de scénarios spécifiques dont on ne peut en aucun cas tirer de conclusions. L'ordinateur quantique offre effectivement d'énormes potentiels dans le déchiffrage, grâce aux opérations de superposition, d'interférence et d'amplification. En gros, là où une recherche classique doit explorer N possibilités, Grover permet théoriquement de ramener la recherche à √N. C'est le cas dans les résolutions de problèmes non structurés.

La menace quantique n'est pas fictive. L'informatique quantique est cependant un mauvais argument pour expliquer les bonnes pratiques de mot de passe. Il y en a déjà beaucoup d'autres

Pas besoin d'invoquer IBM, IonQ ou un ordinateur quantique hypothétique de 2045.

Voilà, c'est tout. Je ne suis pas un expert en informatique quantique. Juste le sujet m'intéresse. Le peu que j'en ai compris ne collait pas avec cette assertion de sécurité, alors j'ai cherché, j'ai mieux compris et je partage. De toute façon, je m'en fiche: mon password je le recopie sur un post-it que je colle derrière l'écran. Y peuvent venir les oracles…